13 octobre 2009
Pas celle que l'on attend
Quand j'ai été recrutée, les choses étaient écrites, mon chef, 4 ans plus tard deviendrait grand chef, mon ami recruteur prendrait sa place et moi, celle de l'agent recruteur, un jeu de chaises musicales. J'avais quelques années pour m'y préparer, mais surtout pour finir ce que j'avais entrepris.
Quand je suis arrivée, mon prédécesseur était parti 6 mois plus tôt, ex-filtré du territoire avant qu'il ne lui arrive malheur, il avait réussi la prouesse de se mettre tous les élus et les techniciens à dos à force de fainéantise et de manque de jugement. On m'a recrutée parce que je connaissais le terrain et parce qu'il fallait remonter la pente, ils avaient jugé que j'étais la personne pour cette situation. En deux ans, j'ai fait du chemin et du travail, j'ai imposé la présence de mon institution dans les réunions à Toulouse, j'ai développé un réseau avec les agents sur le terrain. Et puis, ce projet européen qui fonctionne. Une fois par mois, j'ai déclaré la nécessité pour les élus de nous retrouver pour faire le point sur le territoire, ces réunions ont lieu et elles sont des espaces de débat. Tout cela a été possible parce que mon chef m'a laissé les mains libres, quand on devait bâtir une méthodologie, c'était toujours en concertation, jamais dans le rapport de force.
Le poste que l'on me propose est plus thématique (tourisme, économie). Aujourd'hui, je gère des dossiers tous azimuts et surtout, je "bâtis" en lien avec les territoires des stratégies de développement, ce sont des approches totalement différentes. Je suis disons en amont.
Mon chef part, c'est certain, il part complètement dans une autre collectivité. C'est cela qui me rend nostalgique et triste. Je connais celui qui le remplace, nous sommes très copains, nous avons des habitudes de travail ensemble, une vraie confiance. Mais, je perds un supérieur tellement fondamental que j'ai des difficultés à concevoir mon travail sans lui, sans son regard.
Ce matin, nous nous sommes vus tous les trois. Je reste où je suis. Je refuse que l'on me dise que c'est par peur de quitter mon cocon. Les élus n'étaient pas chauds pour que je parte, voire carrément réticents. Au moins jusqu'à ce que les dossiers en cours soient terminés. Je crois en ce que je fais, je veux réussir ce que j'ai commencé, je ne pense pas que ce sera la dernière occasion, on me l'a assuré, on m'a donné des garanties que l'on saurait se souvenir que j'ai refusé une promo pour achever le boulot commencé.
Et pourtant ce soir, c'est la tristesse qui l'emporte, de voir partir mon chef. Et d'avoir fait un choix qui me semble pourtant le bon. Je regrette juste d'avoir eu à le faire si tôt, si vite.
09 octobre 2009
Impensable
Alors que je rentrais de faire quelques courses, le téléphone a sonné, j'ai mis le haut parleur, de l'autre côté du combiné, le collègue qui avait été mon agent recruteur voilà deux ans. Celui qui avait pensé à moi pour le poste que j'occupe actuellement. Il avait des questions bizarres à me poser, comme : étais-je vissée à mon poste, imaginais-je autre chose ? Il adore parler par énigme, je ne suis pas très forte à cela, j'aime le concret, on se connaît bien, il y a de la confiance entre nous. Et donc, il fallait qu'il aille droit au but. Il avait avancé mon nom pour un poste, en langage clair on appelle cela une belle promo, il était question d'encadrement, de grimpette dans l'organigramme. Il ne pouvait pas me dire quoi exactement, mais il fallait qu'il sache si éventuellement je serais intéressée. Ce que je lui ai répondu m'aurait paru insensé il y a encore deux ans. "Le pouvoir pour le pouvoir ne m'intéresse pas, je ne veux pas changer pour un poste avec plein de sous-fifres mais un boulot moins prenant, moins passionnant". Je n'ai pas fermé la porte, j'ai proposé que l'on en reparle. Et puis il y a ce que je fais maintenant, dans 6 mois, ce sera presque terminé, alors, je veux aller au bout. Et puis, mon boulot actuel va évoluer, on me parle d'un travail plus politique, plus 'stratégique'. Et ça, j'ai du mal à imaginer ne pas saisir cette opportunité.
Je ne m'endors pas sur un acquis, mais il est vrai que je m'amuse tellement dans ce que je fais, je côtoie les élus, je travaille avec des agents dont les projets me captivent. J'ai fait "mon trou", on m'appelle parce que je propose des choses sur mon territoire qui peuvent essaimer ailleurs. Alors lâcher cela pour quoi, un nom sur une porte, un petit saut dans l'organigramme, est-ce que cela en vaut la peine ?
Et puis, il y a les retours à 17h30 le soir, les enfants que je vois le matin. Les ongles plus rongés, les gestes plus zen, toute cette qualité de vie qui vaut certainement mieux qu'une ligne supplémentaire sur mon bulletin de salaire.
La porte n'est pas fermée, mais mon pied ne demande qu'à se retirer ...
Pour Aline : A mon sens, on entend par poste intéressant lorsqu'il s'agit d'exercer du pouvoir sur des subalternes. J'ai souvent remarqué que quand tu décris ton boulot, la première question que l'on te pose est "tu encadres combien de personnes ?". Je n'encadre directement personne, je travaille avec 3 agents, mais je n'ai pas de pouvoir de notation sur eux, donc dans la fonction publique, c'est comme si je ne les avais pas sous ma responsabilité. Mon collègue a depuis 1 an un poste avec 10 personnes à manager, sauf qu'il s'ennuie à mourir, car il ne fait que cela, manager des personnes, il ne crée plus lui-même, il relit des notes et les transmet. D'où ma phrase, peut-être pas claire. Se voir proposer un poste d'encadrement qui peut s'avérer moins intéressant vis à vis de mes critères (créativité, lien direct avec le politique, émergence et portage de projets, suivi de a à z...).
01 octobre 2009
Manque de temps
Depuis dimanche, si on excepte les heures passées à dormir, j'ai dû rester trois heures à la maison, des réunions, du boulot, les activités des enfants, tout mis bout à bout, il ne reste rien pour bloguer. Et quand, j'ai un peu de temps, mon cerveau n'est pas vraiment disponible. Alors, j'espère que ça ira mieux ce week-end.
Ce que je peux juste dire, c'est que j'ai terminé mon premier gros boulot, je l'ai rendu à mon chef qui me l'a validé. Il va maintenant passer chez les élus. Je le mets en téléchargement, il ne peut pas être utilisé, cela va de soi. Vous mettrez des mots sur un métier fort méconnu, celui de développeur local.
Et aujourd'hui, j'ai commencé le second chantier. Entre temps, je suis allée acheter un cadeau pour moi ... un siphon à chantilly et à préparation chaude et ce soir, ce sera mousse de thon et spaghettis.
21h30. Je m'étais jurée de ne plus être parano après être sortie des griffes de la mouette, mais Nicole me met un doute à l'esprit et donc j'attendrais que mon document ait été vu par les élus, avant que de vous le soumettre.
J'en profite donc pour faire une explication de texte. C'est un "projet de territoire" à l'usage des élus. Il sera intégré aux documents obligatoires qui composent un S*ché*ma de co*hérence te*rritoriale qui est en fait un document de planification qui dans l'ordonnancement juridique s'impose aux documents d'urbanisme des communes (PLU, POS, carte communale). En gros, j'ai l'habitude de dire que le document que vous aurez bientôt sous les yeux est une feuille de route qui ensuite sera décliné sous forme plus opérationnelle, du genre en zone Au, pas de parcelles de plus de 300m2. Des choses comme cela. Il faut faire la part dans ce document entre les projets matériels et ceux qui relèvent davantage de l'idée, de la perception de la vie en collectivité. Je travaille pour les élus qui eux-même se doivent de réfléchir à leur territoire dans 10 ou 20 ans. Voilà l'objectif de ce document. Je le remettrais en ligne la semaine prochaine.
24 septembre 2009
(Pas à ma place) Super chouette
Elle a 50 ans, de la bouteille, mais en mutation professionnelle.
Je ne la connaissais pas, elle a été ma stagiaire pendant trois mois, quand elle m'énerve, je lui dis qu'on dirait ma mère. Elle me répond qu'elle est certainement flattée mais que j'exagère.
Elle m'a faite avancée dans mon boulot et dans mes horizons, on parle, on échange, on construit son avenir professionnel.
J'ai réussi, elle est embauchée sur le projet européen que j'ai monté, elle en sera l'animatrice, on m'a dit que je serais là pour la superviser. Mais elle a 50 ans et moi 36 ans, c'est incongru. Il parait que non.
A 10h30, nous avons rendez-vous à Foix, je suis au jury de sa soutenance de mémoire de stage, pour valider son Master 2 et prendre son virage professionnel. Et c'est moi qui est la boule au ventre.
J'ai une nouvelle collègue, un nouvel horizon avec elle, une nouvelle manière de penser. Et c'est chouette.
Après l'épreuve. Cela a commencé par son exposé, elle a complètement perdu ses moyens, en perdition complète, elle bafouillait, elle a changé deux fois de support vidéo car ce n'était pas le bon. Sa voix s'est enrayée, c'était bizarre, une personne compétente, avec une histoire professionnelle et là, plus rien... Trop de pression certainement. Pourtant, juste avant nous avions bu un café, mangé un croissant, manière de se décontracter. Et puis, il y a ce boulot qu'elle avait obtenu, la soutenance, la note comme je lui disais c'était pour le panache. Ensuite, il a fallu donner l'avis du "maître de stage", j'ai un peu répété ce que j'avais écrit ici avant de partir, ce qu'elle avait apporté à ma vision, ce boulot considérable abattu pendant 3 mois. Ce que je n'ai pas dit aussi, cette mise en danger qu'elle représente aussi pour moi parce que je sais que ce sera un défi de suivre sa mission, de l'encadrer dans la durée et à cela j'ai très envie de me frotter. Puis, ses deux profs ont donné leur avis, élogieux aussi. Elle est sortie pour la délibération. La meilleure note de la cohorte d'étudiants qui avait été donnée était de 18. Moi, je voulais qu'il y ait dans cette note une consécration de son travail. Il y avait de la connivence et de la confiance et surtout pour moi, un stage couronné de succès, avec un mémoire qui devenait une feuille de route pour son contrat de travail. Alors, on a discuté et quand on lui a annoncé qu'elle avait 19, elle a fondu en larmes et moi, j'étais pas brillante non plus ...
22 septembre 2009
Bien et pas bien
Hier, celui que j'appelle Picsou (parce que sa seule motivation dans la gestion de sa collectivité est de ne pas faire grand chose pour être certain d'avoir toujours un matelas de fric) m'a vertement reproché de n'être pas à l'heure dans le rendu de mon travail. Ce qu'il ne sait pas, c'est que je suis retardée par deux territoires infra comme je les appelle (c'est à dire je m'occupe d'un territoire qui se composent de 6 territoires infra !) qui ne m'ont pas rendu leurs copies. J'ai été agacée par cette manière de parler aux techniciens, un espèce de gros plein de soupe, suffisant qui pense que parce que le suffrage universel l'a fait roi, il est le roi, réellement. Juste avant, un autre élu se revendiquant maire et "représentant de la profession agricole" avait balancé devant une assemblée d'élus médusés, étonnamment muets : "les nitrates, c'est nul ce que l'on dit, ils ne polluent pas, on le prouvera". Tant de connerie au mètre carré laisse rêveur. Du coup, Picsou a pris la sulfatée que j'aurais aimé envoyer à l'autre en même temps. J'ai été désagréable et sèche comme un coup de trique. Je ne suis pas poujadiste mais il y a des jours comme cela où l'on a envie de tout envoyer balader à force de mauvaise foi et de personnages caricaturaux.
Je sais aussi qu'aujourd'hui, dans le fond de mon bureau, j'ai bossé pour le projet qui me tient à coeur. Je suis en train d'écrire un "projet de territoire" pour les 20 ans à venir. Écrire, c'est à dire ? J'ai envoyé un questionnaire aux fameux territoires infras, ils m'ont répondu ce qu'ils voyaient pour l'habitat, les services, les transports, l'économie et le commerce. Charge à moi d'en faire une synthèse et un projet qui se tienne. Alors, il est tentant dans le silence de son bureau, d'ajouter ici "des aires de stationnement pour les marchands ambulants (manière que l'épicier du coin, dans 20 ans existe encore), là, de la signalétique pour les ventes à la ferme. Ici, de donner à penser que l'artisanat ce n'est pas forcément dans une zone d'activités à l'écart. Envisager que les lotissements moches et déshumanisés, c'est fini, que l'on peut faire des opérations plus impliquantes avec un architecte qui met du lien entre les projets disparates de construction pour peu que la collectivité s'implique financièrement. Il faut piquer des idées ici ou là, instiller de l'originalité, là où l'on ne veut "faire que de l'habitant et de la zone d'activités". Ce sont des petites pierres, je ne sais pas combien passeront sous les fourches caudines des élus lors des relectures, mais j'aurais essayé, j'aurais mis un peu de technique et beaucoup d'idées. Parce que ce territoire, c'est aussi le mien.
Hier j'étais fatiguée et démoralisée, aujourd'hui, j'ai travaillé et avancé et je reprends espoir.
03 septembre 2009
Illumination
Ce matin, après avoir embrassé ma progéniture que Charlemagne
convoyait à l'école, fingers in the nose, en CE1 et CM2, on ne craint
plus les effusions humides, j'ai filé à Carcassonne pour une réunion.
J'ai pris l'habitude d'arriver toujours un quart d'heure en avance pour
avoir le temps de discuter avec mon chef. Je le trouve toujours dans
son bureau, je m'installe et nous papotons des dernières nouvelles de
mon territoire, et lui me donne les informations sur le climat
politique. C'est un échange qui permet souvent de dénouer des questions
que je me pose sur les stratégies locales, on discute, on échange, on
argumente et cela finit toujours par un consensus. Il n'y a jamais eu
chez lui de velléités de prendre la position du chef qui impose. Il est
un manager, un vrai, il sait déléguer, écouter, respecter et trancher.
Après la réunion, j'ai filé aux toilettes (sans cela, je ne serais pas une fille !) et j'ai eu une révélation. Posée sur le lavabo, une conserve "Le parfait" juste nettoyée, devenait d'un coup l'explication à un ressenti, un emblème, une évidence. La simplicité, voilà, ce qui différencie à n'en pas douter l'équipe avec laquelle je travaille maintenant par rapport à avant. On ne se pose pas de question, on vit simplement et on parle de ce que l'on vit sans ostentation, ni arrogance. Je me suis longtemps demandée pourquoi il était soudainement facile pour moi de glisser dans une conversation avec mon chef, ce que fait Charlemagne, ou ce que je vis, je ne raconte pas ma vie, il y a toujours cette dichotomie à laquelle je tiens tant entre le dedans et le dehors, le public et l'intime. Mais, il y a désormais des passerelles, des envies de s'ouvrir un peu plus. Parce qu'ici, on n'est pas jugé, on est accueilli dans ses dimensions diverses. Ça change tout. Il n'y a pas de snobisme. C'est simple comme un bocal de confiture !
31 août 2009
Reprise
Acheter Marie-Claire idées.
Laisser le soleil lécher les draps en guise de réveil.
Réentendre la voix douce de N-Demorant.
Vous lire, rougir, et vous dire que je suis celle que je dis. Je tiens trop à votre prèsence pour vous mentir.
Reprendre le chemin du travail emplie du bien et du plaisir de ces vacances.
Allez hop, debout !
17 juillet 2009
The pig
Hier soir, j'étais installée dans une salle des fêtes pour une réunion qui avait juste la propension d'entretenir mon humeur de dogue. On nous annonçait des orages, ce qui me confère une frousse de tous les diables. Technicienne, je ne pouvais que me taire quand ce gros agriculteur gavé d'argent annonçait la bouche en coeur, que faire du photovoltaïque en plein champ, même sur de très bonnes terres n'était point une ineptie. L'agriculteur n'ayant pas vocation à nourrir le monde mais à exploiter la surface arable. J'avais envie de lâcher "certains oublient bien vite les résultats des élections européennes", mais je serais sortie de mon devoir de réserve, et cela, ça ne se fait pas. Le pompon fut lorsque la technicienne de la structure invitante, s'est mise à présenter n'importe comment le projet européen pour lequel je m'étais battue pendant des mois sans me donner la parole. Et entendre l'élu dire que "un million d'euros, ce n'est pas non plus la lune". Bouffée d'agacement qui monte au nez, écoeurement face à des pratiques minables. Je me suis alors souvenue que cette fille là, je lui trouvais des bonnes raisons d'être déloyales envers moi, il faudrait peut-être que je cesse de passer sur tout pour regarder la misère de sa façon de faire en face. Laissons tomber cela, je m'allège des ressentiments, je passe, je glisse, j'oublie alors tout cela, en me plongeant dans mon agenda pour relire le petit opuscule qui s'y trouve toujours "faire le vide" (un cahier vendu avec le magazine psychologies, que j'ai dans mon agenda depuis au moins 2 ans).
Et là, entre cet homme dont je peux dire qu'il fait partie de ce petit cercle de ceux que je déteste cordialement, le pire est qu'il croit que je l'adore, franchement, certains ont la clairvoyance d'une murène. La table étant complète, il ne reste qu'une place à côté de moi, j'espère fortement qu'il prendra l'option du second rang, en retrait, je suis d'une naïveté confondante. Il s'assoit près de moi, tente l'approche pour me claquer la bise, il ne trouve qu'une main ferme qui s'interpose entre sa joue et ma face de dogue énervé. Je sursaute, il me saisit le bras, se penche vers moi "aujourd'hui, c'est mon anniversaire, j'ai 60 ans, mais ne le dis à personne". Comme à l'école, vous savez quand vous dites à la plus bavarde de la classe un secret dont vous êtes sûre que l'écho va se propager à la vitesse de la lumière. Je prends alors mon stylo, les mots viennent, j'écris des pattes de mouche pour ne pas être lue, mais quel plaisir d'écrire sur l'homme juste à côté sans qu'il le sache.
"Elle va le dire, je vais l'avoir mon heure de gloire". Il se trémousse sur sa chaise, je le sens comme un gamin qui trépigne, qui espère. La réunion se passe qui égraine les questions toutes plus ineptes les unes que les autres pour cet ancien commercial raté qui n'a su au fil du temps vendre rien d'autres que ces vannes salaces et sa bêtise crasse. N'a-t-il pas obtenu le surnom de "The pig", bien trouvé, pensais-je à l'époque tant sa logorrhée était toujours issue de pensées ne dépassant que rarement le niveau de la ceinture. Ce qu'il ne sait pas, c'est que je n'en parlerais pas, il doit espérer. Pourtant, peu à peu, je le sens se ratatiner sur sa chaise, il me relance alors que son téléphone sonne "ah aujourd'hui, ça n'arrête pas". Cela me renvoie à ma propre bêtise quand des années plus tôt j'avais aussi espèrer que ce genre d'événements personnels soient portés à la connaissance de tous. Maintenant, cela me semble tellement éphémère. Et puis, à 60 ans, n'est-on pas sorti de cela ? Visiblement pas. La réunion se termine, j'ai maille à partir avec un maire qui n'a pas apprécié que ses paquets d'habitants ne soient pas à la hauteur de ses rêves de grandeur. Occupée à justifier des choix, je n'ai pas vu le Pig partir dans l'anonymat de cette fin de soirée caniculaire.
12 juillet 2009
Sensation de vacances
Il n'en fallait pas plus, la grosse réunion passée, aboutissement d'un semestre de palabres, de négociation et de travail de fond, un air de vacances s'est immiscé dans le quotidien. Et pourtant, il ne faut pas, il y a un autre lourd dossier qui attend, la rédaction de l'E*tat in*itial de l'environnement pour l'espace que je traite. Dossier colossal, aux contours tellement vastes qu'ils en deviennent flous. Cela consiste "juste" à traiter de tout ce qui fait l'environnement physique, naturel, humain jusqu'aux questions plus pointues des risques (naturels et industriels) du territoire, la seconde partie procédant à une analyse comparée entre la situation "initiale" et la situation induite par le projet (vous savez les petits paquets d'habitants que l'on transfère d'un point à un autre). Normalement, ce travail aurait dû être confié à un cabinet spécialisé, avec paiement des frais à parité entre mon institution et celle de la Mouette. Sauf que le Président de l'institution de la Mouette a décrété qu'il valait mieux le faire en interne pour des questions de coût. Il a donc mis les 40 personnes de son staff pour le réaliser. Et nous ? Et ben, vous prenez Clothilde... et puis Clothilde... et puis elle tente depuis deux mois d'agiter les services pour avoir des données. Je n'ai qu'une sombre idée de ce que cela représente. Pour tout dire, ça me fait horriblement flipper. Mon chef est conscient du truc, de notre petitesse de moyens, il va falloir faire avec. Il compte beaucoup sur la clémence de la Diren qui doit viser , avec avis conforme (c'est à dire, ils sont pas ok et bien on refait) le document. Je ne veux qu'une chose, c'est éviter de passer pour des nuls, mais franchement, je ne sais pas par quel bout prendre la chose. Jeudi, je devais être en congés, je comptais prendre cette semaine complète, mais j'ai réussi à provoquer la réunion des services, la date tombe mal mais en même temps, il le faut. Je suis comme au pied d'une énorme montagne avec des précipices de tous les cotés.
Mais le pire et il faut que je m'en confesse parce que je suis percluse de remords, je suis démotivée en ce moment, j'ai envie de ranger mon bureau, de trier des papiers, enfin de faire ce que l'on fait l'été. Je n'ai aucune envie de me lancer dans cette chose qui me semble tellement monstrueuse. Je ne sais pas par où commencer. Je me donne cette semaine pour faire le vide, pour ralentir, pour me reposer et il faudra absolument que dans les 15 derniers jours avant les vacances, ce dossier ait salement avancé. Foi de Clothilde.
Pour l'instant, une daube à la marseillaise de mon vieux livre mijote dans le four...

16 juin 2009
Souffle court
Hier soir, retour de réunion à 19h15. La course, mal manger, mal faire à manger, mal de tête, au lit. 21h, coup de fil, le lendemain, attendue à 8h30, dans les confins du territoire, perspective de se lever tôt, de courir encore et encore. Passer au bureau imprimer les documents pas pris, puisque la réunion avec l'élu n'était pas prévue. Se souvenir de rappeler que ce n'est pas des manières de faire.
Ce matin, 7h45, arrivée au bureau, courir, se préparer. Repartir avec la stagiaire qui me suit jusqu'en septembre. L'élu arrive avec un quart d'heure de retard, il a le droit lui ! Expliquer, convaincre, vendre une fille qui bosse dans mon giron mais qui vient d'être licenciée par sa collectivité, pas envie de la voir partir, emporter le morceau, certainement, presque avec assurance. Glisser à l'élu, le ras le bol devant les paroles misogynes entendues à une des dernières rencontres entre élus, où les femmes se comptaient sur les doigts d'une main et toutes sur le banc des techniciennes :"un temps partiel, ce sera parfait pour une femme, elles aiment bien ça, les femmes". Il a entendu, que de mon côté, il devra faire avec ma part de féminisme à défaut de féminité assumée ! Refuser un déjeuner de travail : "vous venez si vous voulez", je ne vous demande pas si je veux, je vous demande si je suis utile. Il n'avait pas besoin de moi, à quoi bon y être. Mon collègue : " tu veux pas y aller pour manger". Oh non, totalement réfractaire au déjeuner de travail, je suis mieux face à mon sandwich, dans mon bar miteux avec un livre comme compagnon. Il faut savoir ne pas avoir besoin de prébendes pour être libre en toute circonstance, n'être là que si nécessaire. Stop au superflu.
Une journée qui donne juste envie de prendre des vraies vacances, sensation de se tendre, de revendiquer, d'avoir envie de marquer son territoire. Affirmer ce qui est soi, refuser ce qui ne convient pas. En toute connaissance de cause et se rendre compte que d'avoir une existence propre est possible, même s'il m'en coûte en interrogation.













