31 mai 2009
Vider
Vider la penderie, activité de l'après-midi, poser sur le lit le trop plein de vêtements qui n'ont pas vu la lumière depuis des mois, parfois des années. Plus envie de certaines couleurs, plus envies de certaines coupes, s'étonner de découvrir ces mini-jupes presque jamais portées. Se projeter dans les années à venir et décréter que décidément, plus jamais je n'en porterais, de ces mini jupes super étroites qui me donnaient des allures de rien du tout, entre la secrétaire de Bobby Ewing et l'étudiante mal dégrossie. Exit aussi le tailleur pantalon, le gilet de grand père et les chemisiers trop colorées.
Sister Jane, l'autre jour a mis le doigt sur un truc que je n'avais pas saisi, je porterais donc toujours les mêmes couleurs, le blanc, le lin, le beige, le grisé, le marron grisé. Sur le moment, j'ai trouvé qu'elle exagérait mais en ouvrant mon armoire, cette évidence m'a sauté aux yeux, effectivement, je suis dans ces couleurs-là. Souvent le rose foncé en sort, fait un petit tour devant la glace pour y revenir. Plus le temps passe, plus j'aime ces couleurs basiques juste agrémentées de gros colliers ou de longues écharpes qui apportent un peu d'originalité.
Il n'y a que cette veste, jamais portée et que j'ai bien des difficultés à donner. Elle est bizarre, noire, courte et cintrée, une marque achetée lors d'un déstockage. Elle a des coutures apparentes, sorte de patchwork ton sur ton, elle est plus qu'une veste pour moi. Elle est le symptôme de mes choix ratés ou l'archétype de ces ratages de consommatrice. Je l'avais vu dans une boutique à une époque où la Bestiole était bébé et où je n'arrivais pas à trouver le biais pour exister un peu, coincée entre une maternité mal assumée et une vie de couple rendue complexe par l'arrivée du premier enfant. Je cherchais à redevenir quelqu'un par delà l'enfant. Je me souviens tant de ce jour où je l'ai achetée, de ce désir que j'avais de la porter, d'étonner par la coupe, le style. Elle est restée dans la penderie, elle n'en est jamais sortie. Et pour la 8ème année, elle a échappé au grand vide du printemps, mais peut-être que cette fois-ci, ce sera pour quitter l'ombre pour la lumière !
30 mai 2009
On avance
C'est difficile d'en parler, et pourtant, il semble bien que les choses avancent, que les éléments qui font la vie prennent peu à peu place dans l'ordonnancement un peu anarchique des choses. Au départ, on ne sait pas trop où l'on va, il a des choix qui sont faits sans vraiment les considérer dans toute leur plénitude, on rencontre un homme, sait-on dés le départ que l'on fera sa vie avec ? Peut être pas. Il est doux sans arrêt de se souvenir de ces premiers moments, de cette passion qui débute et surtout avec le recul, 13 ans après, se dire que c'est sur, c'était le choix qu'il fallait.
Oh, certes, on ne vit pas au pays des bisounours, il m'énerve de temps en temps, par période souvent, il a des travers, des choses qui irritent et pourtant même dans les heures les plus sombres, on se donne à rêver non pas de lui faire la scène finale, celle qui mettrait un terme à l'addition des irritations mais juste la scène qui nous ferait encore une fois retomber dans les bras d'un de l'autre. On a passé des épreuves, que la vie nous a donné, des graves et des moins graves, des humaines et des matérielles, je sais que je ne suis pas un modèle de calme et de tolérance, un peu bulldozer quand j'y pense. Je sais aussi que j'ai envie parfois de lâcher, de laisser faire les autres, de déléguer tout ce que je gère et que j'aimerais oublier. Mais il y a ce caractère qui est le mien, qui m'encourage à cette présence, certainement parfois étouffante.
Avec le temps, parfois on a envie de se retrouver "neuf" devant l'autre, de ne plus si bien se connaître, de redevenir un peu étranger pour juste se redécouvrir, et peut être aussi, montrer davantage de fragilité que de force, redevenir émouvant. Mais le quotidien est là qui oblige à assurer, à tenir le cap.
Des engueulades mémorables qui font trembler les murs, nous en aurons encore des centaines, des reproches et des ires aussi mais toujours, j'ai cette certitude, que c'était lui, celui qui m'était destiné. Lui, que je verrais toujours comme celui qui a fait du vilain petit canard celle qui vit une vie belle comme tout.
28 mai 2009
Cette semaine...
J'ai aimé
- manger avec Charlemagne, hier à midi entre deux réunions
- ranger mon bureau, ce soir, le mettre en ordre pour le retrouver dans quelques jours, après des vacances qui ont commencé...
- regarder la campagne le matin très tôt prendre de belles couleurs sous le soleil de cette fin de printemps
- penser à mes deux jours avec Charlemagne, me demander comment ce sera que lui et moi
- lire les phrases d'un mec de Tarnac qui visiblement a autre chose que du yaourt et la société de consommation entre les deux oreilles
- chercher mon masque à l'argile rose pour le trouver dans les affaires de la Bestiole échoué sans qu'il soit possible de savoir ce qu'elle en a réellement fait.
- penser à ma grasse matinée de demain
J'ai pas aimé
- recevoir des devis d'artisans qui prennent les gens pour des idiots
- les relents sécuritaires d'un type qui oublie que l'on ne voit que lui derrière les képis depuis au moins 5 ans
- voir la tête d'un serpent qui fuyait devant mes roues
- avoir peur rétrospectivement après qu'un fou soit sorti d'un virage juste face à moi
- le dernier livre de Jean Teulé qui fait réfléchir mais qui est insoutenable finalement
27 mai 2009
Contre le temps
Lundi 15h15 : "Clothilde, tu as une réunion à 18h, j'avais complètement oublié de te faire passer la convocation, mais ça serait vraiment bien que tu y ailles". Retour à la maison : 20h. Pas le temps de cuisiner, des spaghettis. Ras le bol des pâtes.
Mardi, retour à la maison 20h15, vendre le territoire à des maires qui confondent tout, rester zen ,leur parler des atouts du paysage, de leur agriculture extensive à valoriser, des opérateurs du tourisme qu'ils n'ont pas même identifiés. S'entendre répondre petites ambitions, sourire en coin sur des touristes qui "n'apportent rien", désabusement mais, il est 20h, heureusement, la maison m'attend.
Petites routes de campagne pour rentrer, mettre plus de temps, mais profiter de ce sas verdoyant pour décompresser. S'affaler devant la télé, pas longtemps, ne pas parvenir à fixer son attention, trop de paroles, trop de course contre le temps, envie de décompresser, de souffler. Encore deux jours et c'est une semaine de vacances, deux jours en Avignon, juste Charlemagne et moi. Faire retomber le soufflet, arrêter de se toucher le bras et le coté qui font mal et qui inquiètent, se rendre compte que juste, je suis angoissée de trop en faire, de trop en dire, d'être "hors" les murs de ma forteresse, le stress fait lâcher des digues, il est tant de se recentrer, reprendre. Juste retrouver du calme.
(des adresses entre Avignon, Arles et Uzès ?)
24 mai 2009
Petite pierre
Hier matin, j'ai reçu un courrier de mon fournisseur d'électricité, EDF, qui m'annonçait qu'il était temps de faire mon relevé de compteur et que donc la société machin enverrait un technicien. Oui, mais moi, je suis en contrat avec EDF et je veux un technicien EDF et pas un sous-traitant que je ne connais pas. Ce n'est pas pour rien que je suis restée chez l'opérateur historique même si avec l'ouverture du capital, je ne me fais plus guère d'illusion, mais j'ai quelques principes que je compte faire respecter.
J'appelle donc le centre d'appel et le monsieur qui répond est d'abord un peu étonné par ma démarche, je refuse d'ouvrir ma porte à une autre société que celle avec laquelle j'ai un contrat. Il me parle alors de visite payante, je réponds principe juridique d'avenant au contrat. Il se met à rire "celle là on ne me l'avait jamais faite". "Vous avez tout intérêt à ce qu'on vous la fasse". Il acquiesce et prend des libertés en me racontant toutes les orientations qui sont prises pour faire entrer de la sous-traitance partout y compris sur les lignes à très très haute tension. Il doit faire "remonter ma demande" et je dois faire un courrier pour l'étayer, je ne sais pas ce que cela donnera.
On va me dire que ce sont des combats perdus d'avance. Et puis, qu'ai-je contre la sous-traitance ? J'habite à la campagne, en bout de ligne, nous sommes trois maisons alimentées par le poste qui se trouve devant la maison. Il y a en plus mes parents et une dame de 90 ans un peu plus bas et c'est tout. L'année dernière, le fil s'est cassé à 20h, un dimanche soir de vent d'autan. A 21h, un camion EDF est arrivé et ils ont réparé pendant deux heures, une réparation de fortune et puis ils sont revenus le lendemain finir le travail.
Quelques temps plus tard, le téléphone a été coupé, toujours le vent, France Télécom ne répare plus, il a sous-traité, nous n'avons pas eu de téléphone pendant 4 jours, nous n'étions pas prioritaire. A la campagne, les services publics, ou ce qu'il en reste, ce n'est pas cosmétique, ce n'est pas idéologique, c'est juste une vraie sécurité, une dernière idée de l'égalité.
22 mai 2009
Saveurs particulières
Ce pont ressemble à des vacances, j'en oublie tout, les dossiers qui attendent, les réunions de la semaine prochaine, je ne sais presque plus quel jour nous sommes. Hier, nous n'avons parcouru à peine deux kilomètres, pour passer une après-midi à la saveur que j'aime. Entre café ici, papotage là. J'ai goûté au plaisir de me faire expliquer l'avancée du jardin chez ma belle-mère, lieu que j'aime particulièrement. On ne se doute pas en le voyant le temps qu'il faut pour en arriver à ce résultat. Niché au pied de la maison, entre une haie bien épaisse et un verger qui à l'automne acquiert des couleurs tant attendues, il est un lieu hors du temps. Il était 18h30 quand nous sommes rentrés à la maison, les bras chargés de plants de tomates, de courgettes, d'aubergines et de poivrons, le basilic patiente encore sous la serre.
Aujourd'hui, ce sont les plantations, le rangement de la maison, les petits espaces qui reprennent vie, que l'on habite à nouveau. Le gros bouquet de roses et de pivoines chippées chez ma mère, au hasard de leur départ en
vacances, je n'allais pas laisser le vent les gâcher, trône au milieu de la table du salon. Et pour la première fois, nous avons déjeuné dehors, le temps s'y prêtait enfin. Mis bout à bout, ces petits riens prennent forme et donneront à ce petit pont de mai un avant goût d'été.
20 mai 2009
Petit pont de mai
Salutaire instant que celui de laisser derrière soi les agacements et énervements de cette semaine. Envie de se replier un peu sur soi et les siens et de quitter la collectivité qui finalement parfois n'est pas un lieu d'épanouissement.
Demain, j'accueille des clients au gîte, tout le week-end le lieu sera à eux, nous pourrons alors investir notre maison, faire un peu de ménage dans le jardin bien délaissé. Les rosiers étouffés par l'herbe n'offrent rien encore. Il sera temps de passer des instants au calme, de se ressourcer.
Souvent, je me dis que je n'institerais plus, que je ne me mettrais plus dans des situations tendues et pourtant la sensation d'avoir raison me porte à foncer, à avancer des arguments, à argumenter. En face de moi, j'ai souvent comme seule réponse, la victimisation, la fuite. Et cela ne fait que rajouter à l'irritation.
Je ne me comprends pas quand je vais plus loin, quand je cherche encore le dur alors qu'il n'y a que du mou. Je monte en mayonnaise et finalement, je suis seule, le soir face à mon écran à regretter de ne pas avoir lâcher assez vite, puisqu'à la fin, il ne reste rien que des mots qui n'auront servi à rien.
Desperate, ce n'est pas qu'à la télé, petit microcosme que l'on retrouve devant la porte de l'école. Petit espace confiné où chacun cherche à plaire à quelqu'un. Petit espace de la comédie humaine. On se demande parfois à quoi sert la vie en collectivité, la misanthropie me guette. Pour être tranquille, désespérément, j'ai une solution, ne pas avoir d'avis, se fondre dans la masse. Ne pas être la tête qui dépasse. Je vais derechef la plonger sous mon oreiller.
(Nouvelle des palmipèdes : ils têtent (je déconne) mangent de l'herbe depuis ce matin, on les a retrouvés dans le champ avec Mr et Mme qui les chaperonnent. On nous avait dit que les mâles étaient jaloux et pinçaient les petits, encore des raisonnements de féministes. Notre jars est un excellent père, il a dû prendre exemple sur le jars à poils... Charlemagne !)
18 mai 2009
L'aube
L'autre jour, en lisant un magazine, mes lunettes ont fait un bon, une dame expliquait qu'elle était heureuse grâce à sa nouvelle lampe "lumière d'aube". Elle précisait qu'elle était de la mouvance écolo, donc, on l'imaginait le matin se réveiller grâce à sa lampe, elle oubliait du même coup les centrales nucléaires qui lui permettaient d'alimenter sa lampe.
Et ce matin, lorsqu'un rayon de soleil est venu me gratter le pied, j'ai repensé à elle tout en regrettant que son adresse ne nous ait pas été communiquée. Autrement, je me serais empressée de lui faire faire des économies, la lumière de l'aube, chez moi, c'est gratuit et cela dure depuis au moins 15 ans, depuis le jour où j'ai décidé de dormir les volets ouverts. Les soirs de pleine lune, je la perçois pile vers minuit entre les deux volets, les soirs de nuit sans lune, c'est un peu plus angoissant. En ce moment, je suis réveillée vers 6h15, sans besoin de réveil, juste les premières lueurs du jour. Et elle a raison la dame, c'est bien agréable cette sensation de prendre vie après la nuit, je ne m'en lasse pas.
A côté de chez nous, il y a de grandes friches, un monsieur a acheté le terrain pour faire une décharge, un bonheur, et puis finalement, cela n'a pas pu se faire. Et un autre monsieur les a rachetées et dans quelques jours, 40 chèvres vont arriver pour faire du fromage bio. Mais les écolos du village sont très inquiets, vous n'imaginez pas, il y a des orchidées sauvages et elles risquent de les manger. Il est certain que les poubelles nourrissent la terre. Nous leur avons proposé de venir visiter notre champ où siège Dédée, l'ânesse, ils verraient comme la fertilisation fait le bonheur des orchidées que décidément personne ne mange. Faut-il toujours que l'on soit plus, jusqu'au-boutiste dans ses prises de position ? C'est bien cela qui ne fait pas avancer la société dans le partage de cette idée que l'écologie est un bienfait pour tous. Il faut toujours des puristes, des idéologues. Et on me répondra qu'ils font avancer les choses. Vraiment ? Ils navrent ceux qui s'en revendiquent, ils offusquent ceux qui ne sont pas prêts, mais n'est ce pas ce qui est recherché, rester entre soi ?
Petite nouvelle : les 5 oisons se portent bien pour l'instant. Quant à savoir ce que nous en ferons, même si la Bestiole a émis l'hypothèse que notre menu de réveillon était tout trouvé c'est encore une question... non résolue.
17 mai 2009
S'entourer
C'est bizarre ce besoin que nous avons, que j'ai de m'entourer. J'aimerais faire le vide, épurer, jeter et pourtant, j'ai toujours besoin de cela, de quoi, en fait, doudou pour adulte, objet d'assurance, de quiétude, de sensation douce, obje(c)t(if) que l'on tient dans un coin du cerveau et que l'on convoque en milieu de journée pour donner envie de s'évader vers la fin de journée qui permettra de replonger dans son univers. Ils sont faits de quoi ces petits objets ?
- un agenda, obligatoirement, chose d'entre les choses, panacée universelle de ma vie, le seul que je préserve comme une intimité absolue, interdite à quiconque, dedans il y a des sous-ensembles, le carnet noir Moleskine, les feuilles volantes qui égrainent leurs "faits et à faire", les petits papiers de projets et autres envies
- un livre qui saute du pied du lit au sac et qui est toujours là, en cas de pause
- les cartes postales suspendues dans l'entrée, en fonction des saisons elles changent, en tout cas, elles accueillent, elles font oublier la pagaille ambiante
- le plan de travail de la cuisine, quand il parvient à être en ordre, il représente le plaisir de passer la porte, de se retrouver face à ce lieu où tout est à inventer pour le repas du soir. Son ordre est un appel à bien faire, son désordre est un signe que quelque chose ne va pas, que l'envie n'est pas là, que la fatigue s'est installée. Il est bien un baromètre.
- la station météo sur la table de nuit, la pression, la tendance de la semaine, l'heure, 1011 hecto-pascal, c'est de là que vient ce poids dans la poitrine. 5 °, grr, on se prépare à quitter la douceur du lit avec l'espoir de s'y replonger le soir venu.
16 mai 2009
Frémissement printanier
Se lever à 7h15, un samedi, pure folie ? Prendre la voiture, aller au marché, découvrir la halle encore vide de ses visiteurs. Dire bonjour au marchand de pommes, qui s'inquiète de l'absence des enfants, saluer le vendeur de poulets qui se demande si ce n'est pas lui qui est en retard. Prendre conscience de ce coté agréable de la vie d'un marché de proximité, connaître les gens, avoir ses habitudes. Croiser deux jeunes, se faire interpeller, frémir devant leurs mines patibulaires, leurs haleines chargées dès 9h du matin. Se demander comment ils en sont arrivés là, penser aux deux enfants encore endormis, leur promettre de les accompagner toujours, ne jamais les laisser seuls face à la vie. Saisir la vue magnifique du matin sur les Pyrénées, savoir que le week-end sera court, mais il sera fait de tout ce que l'on y mettra, du temps pour soi et pour les autres.
... et en allant nourrir les oies, j'ai découvert 5 oisons, jaunes. Bientôt en nouveauté internationale, des photos, si la mère me laisse approcher !















