Clothilde saison 2

Charlemagne, le gîte, le Poulet, la Bestiole et les dernières semaines à la firme

30 décembre 2007

Omnubilée

Je ne pense plus qu'à cela, au moment où je poserais un pied hors de la salle d'examen et où je pourrais dire : "c'est fini". Parce que je ne veux pas me retrouver bête, avec un grand blanc, le jour des oraux, je m'astreins à travailler tous les jours, de deux à trois heures. Mais, je n'en ai aucune envie, ça m'a rarement fait cela, une véritable overdose de cahiers et de trucs à ingurgiter. J'ai l'impression de rien apprendre, ça déborde par tous les pores de ma peau. Je suis à saturation totale. Alors dans ces moments-là, je pense au "ouf" de soulagement que je pousserais ce vendredi 11 janvier à 18h. Ce sera terminé, je pourrais alors me lancer à brides abattues dans mon nouveau travail, je pourrais m'investir dans la décoration du gîte qui m'attend, je pourrais ressortir ma machine à coudre. Et je pourrais surtout arrêter de culpabiliser sur le temps que je passerais à faire autre chose que d'apprendre, je pourrais souffler après un an et des poussières intensif qui me laisse maintenant sur les rotules. En un mot comme en 100 : je veux être libre. Libre dans ma tête, libre de choisir mes activités sans penser que je devrais faire autre chose, je voudrais être libre. Dans 15 jours, ce sera bon. Allez, 15 jours, c'est rien. Allez, MOTIVE-TOI, ça en vaut la peine !!!

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29 décembre 2007

Maudit Goupil

8 poules d'un coup manquent à l'appel ce matin. Nous avons passé une partie de l'après-midi dans le bois avec les enfants et Charlemagne pour trouver des indices. Quelques plumes mais pas suffisamment pour tout expliquer, un cadavre à moitié déchiqueté. Et les 8 poules dont deux blanches que nous avions depuis un an et une Brahma de collection sans parler des très bonnes pondeuses ont disparu. Il nous reste deux poules, trois coqs et deux oies, rescapés d'une nuit qui a dû être cauchemardesque pour elles. Je n'ai rien entendu, c'est incompréhensible. Plus d'oeufs au poulailler donc pendant quelques temps, le temps que d'autres viennent les remplacer. L'absence de plumes laisse à penser que le renard se sert pour donner à manger dans un terrier qui n'est pas loin. Il a dû faire plusieurs voyages cette nuit. En même temps, c'est bizarre comme sentiment car certainement, près de la maison, il doit y avoir une renarde qui vient se ravitailler pour des renardeaux affamés. L'idée qu'il y ait encore des bêtes sauvages est agréable mais on aimerait l'idée sans les conséquences ! Charlemagne qui comptait ses poules tous les soirs a encore l'espoir qu'elles aient eu peur et qu'elles soient parties se réfugier dans les arbres. Mais, l'espoir est mince. Dans le dernier numéro du Chasseur Français*, il est noté : "en février attention au renard, pillage du poulailler assuré". Ben, le notre a un mois d'avance.

* Mon père est abonné. Pas chasseur du tout, ce journal est aussi celui de la vie à la campagne. Quand on s'y plonge, exception faite de certaines pages où l'on vous explique comment pécher avec un GPS (sic), on trouve des tonnes d'infos sur la faune et la flore. Sans parler des légendaires petites annonces !

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28 décembre 2007

Femme d'un jour et de toujours

Une femme est morte sous des balles inconnues et peut-être trop vite attribuées à ceux dont la culpabilité rend service à beaucoup. Saura-t-on un jour ?

Une femme sera peut-être libérée ce soir ou demain par un Président dont on ne sait pas trop quoi penser. Apprenti dictateur ou personnage atypique qui effraie ceux qui se rêvent maîtres du monde. Encore une fois, l'avenir nous le dira.

Une femme a écrit des choses hier sur ce blog dans les commentaires, des mots qui me font réfléchir et relativiser, des mots qui portent du sens, des mots qui m'aident à déporter mon regard de mon nombril. Je me comprends.

Je me dis qu'il y a souvent de la futilité à se donner rendez-vous avec soi-même régulièrement, face à son clavier et à raconter des choses qui n'ont peut-être pas tellement d'importance, ce n'est pas peut-être mais certainement. Pourtant, j'ai rencontré grâce à cet espace des personnes que je ne voudrais plus quitter. Ces textes sont pour moi l'occasion de les titiller, de leur donner envie de me contredire, de m'opposer une autre vérité. Parfois, je me prends à me dire que bidule ou trucmuche n'a pas répondu à la sollicitation voilée. Et je m'interroge, je m'inquiète parfois d'une absence qui dure, j'imagine une déception. Et je vous retrouve presque toutes, sur un sujet ou un autre. Vous êtes ce blog, toutes (et tous), vous êtes les murs qui tiennent cet endroit. C'est parce que vous me répondez que j'ai encore envie de vous parler. Je suis heureuse que la flagornerie n'ait pas de place ici, j'apprécie au plus haut point quand on m'interpelle, parce qu'on n'est pas d'accord. J'apprécie aussi celles qui vont plus loin que moi, qui apportent des arguments qui donnent du sens à mon propos. C'est ce mélange qui crée l'ensemble.

J'ai beaucoup appris à votre contact, des choses que je ne pensais pas connaître, des situations que l'on oublie dans le confort de sa vie. Vous me faites cogiter, vous me faites plaisir à être là et à me porter la contradiction. Sans vous, ce petit univers n'aurait pas de sens. Merci.

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27 décembre 2007

Ah les fêtes

Au moment des fêtes, c'est chaque année pareil. Il y a les repas de famille, ceux au cours desquels on revoit des parents que l'on ne côtoie pas si souvent que cela. Et il y a toujours les discussions qui vont avec, qui dérivent vite sur la politique. Charlemagne avait été briffé, avec une partie de ma famille, on évite certains sujets, quand ils semblaient s'insinuer au détour d'une conversation et que Charlemagne mordait à l'hameçon, un grand coup dans les chevilles le rappelait à sa promesse. Je n'étais pas d'attaque pour parler politique surtout quand on sait d'avance que l'on ne sera pas d'accord. Mais, c'était sans compter sur l'autre partie, la famille qui a toujours été de droite, parce qu'on est de la campagne, parce qu'on a des terres, parce qu'on a de l'argent. Et on se pense supérieur aux intellos parce que "nous au moins on travaille avec nos mains", on sait travailler alors que vous "on devrait vous mettre au travail".

Ce discours m'exaspère mais contrairement à avant, où il me donnait envie d'en découdre, ce jour-là, je me suis dite que le fossé était définitivement creusé. Il n'y avait que les apparences à sauver. Pour le reste, nous ne partageons plus rien, car il y a derrière le discours, une manière d'être, un refus de l'agriculture raisonnée  respectueuse réellement de l'environnement, "parce que c'est pour les bobos", un refus de regarder la vie autrement, "je travaille et alors, je vois pas mes enfants mais ils ne sont pas malheureux". Incompréhension totale. Écoeurement devant des propos qui au fil du temps deviennent nauséabonds.

Et hier soir, j'ai regardé une super émission sur les fromages sur France 3, sur le débat entre le lait cru et le lait pasteurisé, alors l'énergie que met l'industrie agro-alimentaire à vouloir faire crever les fabricants de lait cru pour tout standardiser. Avec la mauvaise foi qui leur fait dire que le lait cru est dangereux, malgré les dénégations de l'AFSSA et de l'INRA qui conseille aux personnes sous antibio de manger des fromages au lait cru pour refaire la flore intestinale au lieu de se nourir de yaourts aseptisés et sans intérêt. Et la commission européenne qui contrairement à ce que l'on dit soutient les démarches alternatives. Mais cela, on préfère le taire, c'est bien les boucs émissaires. Cette émission m'a conforté dans une vision précise de ce que je veux : "dis moi ce que tu manges et je te dirais qui tu deviens". Et en même temps, je pense à tous ces gens qui faute de moyens sont obligés de manger la merde que des agriculteurs avides de fric et que des industriels leur servent à longueur d'année. Un agriculteur qui fait du bio disait quelque chose qui tombe sous le sens : le bio ne devrait pas exister en cela qu'il ne devrait pas être l'exception mais la norme. Et un autre, soulignait que le rapport qualité/prix de la grande distribution est exorbitant, on paie cher ce qui est servi. Et le jour de Noël, j'avais devant moi quelqu'un pour qui l'argent est l'objet de la vie. Nous avons le même niveau de vie, j'aspire à vivre bien mais sans plus que ce que j'ai (et c'est une question qui est au coeur de mon questionnement actuel) alors que lui, aspire à gagner plus en travaillant plus quitte à y laisser sa santé, sa famille, sa qualité de vie. Je comprends et j'envie les gens qui passent du temps à dénicher le petit producteur local, qui fouinent la campagne à la recherche d'un bon boucher au lieu de courir les chimères de la réussite, de l'expansion, de tout ce qui nous fait courir à la catastrophe.

Tous les jours, je vais dans le poulailler chercher des oeufs, c'est rien du tout. Le samedi, je vais acheter la farine bio dans un moulin, c'est rien du tout. La semaine prochaine, nous allons faire des saucissons, c'est rien du tout. Pourtant, c'est maintenant une démarche personnelle, intégrée, volontaire à laquelle je crois. Et d'après ce que j'ai vu hier soir, c'est aussi un plan de sauvetage de notre culture du bien manger et du bien être. Ce ne sont pas les firmes agro-alimentaires qui sauveront cette identité culturelle ! Les premiers à diluer notre identité nationale ne sont certainement pas ceux que l'on pointe du doigt !!!!

Tu as raison Aline, c'est peut-être cela que j'ai eu du mal à digérer !

Des infos sur le documentaire,

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26 décembre 2007

Ambiance hivernale

poule

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J'ai testé pour vous ...

Malade à Noël. Vous commencez la veille avant de partir pour un excellent réveillon avec l'estomac au bord des lèvres, de la fièvre, un mal de crâne dingue, donc un doliprane, puis un autre, un primpéran. Le soir, il ne vous tarde plus qu'à aller au lit et vous regrettez de ne pas être assez en forme pour vous délecter de l'excellent réveillon concocté par votre Belle mère, surtout le foie gras mi-cuit et la pintade farcie, sans parler du gâteau au chocolat à la crème de carambar. Et le lendemain, c'est pire, une nuit en pointillé et un mal de crane, mal partout, des courbatures. Voilà, c'est Noël mais le corps n'a pas envie. Aujourd'hui, j'émerge. La bestiole nous a amené le petit déjeuner au lit, moyennant 1 euro, j'ai réussi à négocier celui de son père pour 50 centimes. Nous nous sommes levés à midi et ça va mieux. Mais c'est pas encore folichon, pas envie de faire grand chose et grosse fatigue générale.

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23 décembre 2007

lettre

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21 décembre 2007

Le trait est vraiment tiré

La réunion est passée, la première du jour d'après mon départ. Je suis arrivée assez à l'heure pour qu'elle n'est pas commencé mais assez en retard pour qu'il y ait du monde et pour ne pas me retrouver nez à nez avec elle. J'avais la peur au ventre, je l'avoue. Les élus sont venus aux nouvelles de mon retour, ceux que je quitte ont rigolé avec ceux qui m'ont recruté sur le thème de "vous nous siphonnez le service". Mon nouveau chef m'a accueillie assez discrètement pour ne pas me mettre en porte à faux, je suis en vacances et donc je ne voulais pas être accusée d'être passée un peu trop vite à l'est.

Bref, la Saucisse me tombe sur le râble pour me dire que la Mouette n'est pas du tout contente que je sois là et se demande d'ailleurs ce que j'y fais. Pauvre imbécile, elle s'est évertuée pendant deux mois à me tenir à l'écart du territoire dont je m'occupais avant et dont je m'occuperais après et elle pensait que ça allait continuer. J'avais préparé ma réponse pour la saucisse, son pleutre messager : "je suis auditeur libre". Et paf, va lui rapporter cela. Elle a passé la réunion à me regarder par en dessous, elle est partie avant la fin. Et moi, très détendue avec mon nouveau chef qui lui me fait confiance et écoute ce que je lui dis avec intérêt, qui me dit tout le bien qu'il pense de ma venue, j'ai passé ma réunion à lui montrer que j'étais bien, épanouie, confiante et sereine. Et je suis très forte quand il s'agit de donner le change. C'est officiel, on ne se sera pas dit adieu !

Posté par Dame Clothilde à 18:29 - Un air de firme - Commentaires [9] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Le coup de baguette magique

Qui connaît cette illusion que d'un coup, une baguette magique va transformer la vie ? A partir de la réalisation de ce coup-là et bien rien ne sera jamais plus comme avant. Le matin, au réveil, le miroir renverra le portrait d'une jolie fille sans sourcils trop épais, sans duvet au dessus des lèvres, avec des cheveux, raides juste comme il faut, sans culotte de cheval, avec des seins moins ostentatoires, et puis des jambes qui supportent des jupes en été et en hiver. Et puis surtout, un visage qui se porte, qui se fasse accepter, un visage que l'on aime voir, et un corps que l'on aime traîner. Et puis, le coup de baguette, il pourrait aller plus loin. Il pourrait faire que quand on parle, on se dit que ce que l'on dit est crédible, que l'autre ne se demande pas ce que l'on fait là. Et puis il pourrait aussi faire que simplement on arrête de se poser des questions pour simplement vivre sa vie comme elle vient.

Mais voilà, les graals s'enquillent les uns après les autres, c'est l'entrée à sciences po à 20 ans, c'est commencer à travailler à 22 ans, c'est rencontrer son mari et l'épouser, c'est avoir des enfants et les assumer, c'est mener un projet de gîte et s'en débrouiller, c'est avoir la Prépa ena et la suivre, c'est vouloir changer de boulot et y parvenir, c'est avoir un écrit que l'on pensait hors de portée. Et c'est ce dernier qui met un nom sur une réalité. La baguette n'existe pas, les graals sont des choses dépassables et remplaçables parce que viscéralement on est incapable d'assumer sa vie telle qu'elle vient. On aimerait être autrement, on aimerait se dire que l'on est autrement parce qu'on n'assume pas un physique, une façon d'être. Et ça, toutes les conquêtes du monde ne feront rien pour cela. C'est une autre bataille et une autre conquête qu'il faut mener. Mais à 35 ans, la cristallisation a fait son travail, le miroir est figé.

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20 décembre 2007

Tirer un trait

Aujourd'hui, à midi, il en sera fini de ma vie à la Firme. Rideau, je tire ma révérence avec un goût amer. Depuis, l'annonce des résultats, la Mouette ne m'adresse plus la parole, ne me dit plus bonjour, dernier baroud d'honneur d'un animal qui ne sait pas puiser dans les ressources des autres, et qui préfère leur sucer leur envie et leur volonté de faire et de bien faire. Dès demain, je commence par une réunion avec mon nouveau patron, une réunion pour voir... La Mouette y sera mais je serais passée de l'autre coté du miroir. Ensuite, ce sera le temps suspendu pour quelques jours de vacances très studieuses avec les enfants. Le 2 janvier, la vraie rentrée à Carcassonne dans ma nouvelle vie que j'ai voulu. Les 10 et 11, direction Paris pour deux jours d'oraux. Voilà, un beau programme un peu flippant, mais je suis une grande fille !!

Posté par Dame Clothilde à 10:14 - Un air de firme - Commentaires [10] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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